Un p’tit coin d’Arcadie ! Histoire d'une vie
As periplanhthoume, me ton glypth Lemot, pou philotexnhse ayto to agalma tou Vasilia Loudovikou tou 14ou (sthn plateia Bellecour ths Lyon).
Bonjour et bienvenue sur ce forum, M. Césari,
Bonjour chers amis des Arcadies,
Au fait, qui s'intéresse à ces parcs ?
Colloque sentimental
Bonsoir, chers (mais rares) lecteurs !
Je vais rapidement indiquer quelques éléments sur cette question, et me centrer sur les rapports avec l'Arcadie.
Dimanche. Je vous propose une promenade « arcadienne », virtuelle bien sûr.
Nous avons rendez-vous à Lyon, place Bellecour, sous la queue du cheval. Le repère est familier aux Lyonnais. Vous trouverez facilement : la place est au centre de Lyon, de la presqu’île (entre Rhône et Saône), et le cheval, au centre de la place. D’ailleurs, vous voilà ! Je vous ai vu passer sous les arbres, vous frayer un chemin parmi la foule qui « transhume » en biais et maintenant vous traversez l’esplanade au sol rosé en montant doucement vers la statue.
Bienvenue ! Notre voyage commence ici, au pied de cette statue équestre de Louis XIV que les Lyonnais appellent « le cheval de bronze ».
Venez, faisons le tour, que je vous présente notre compagnon de route.
Tout de même pas Louis XIV ?
Pas cette fois ! Nous partons avec le sculpteur, Lemot.
François-Fédéric Lemot naît à Lyon, le 4 novembre 1771. Son père était maître menuisier.
A cette époque, la place Bellecour s’appelait Place Louis-le-Grand et s’ornait depuis 1713 d’une statue de Louis XIV, œuvre de Martin Desjardins (Martin van den Bogaert).
Le jeune Lemot a sûrement admiré cette statue, lui qui aimait les arts et qui va poursuivre ses études à Paris, à l’Académie royale de peinture et de sculpture. Brillant, il « décroche » un prix de Rome en 1790.
Une nouvelle vie commence : suivons-le à Rome. Il a 19 ans quand il s’installe au Palais Mancini, siège de la prestigieuse Académie de France fondée par Louis XIV. Il suit les traces de Fragonard, de David… et rencontre le peintre Pierre Cacault, un Nantais, qui deviendra l’un de ses amis.
Au Palais Mancini, Lemot apprend à dessiner et sculpter d’après l’antique. A Rome et aux alentours, il découvre la poésie des ruines, la beauté des paysages. Il s’imprègne du mythe arcadien qui fait partie de la culture de l’époque. Le tout sur fond de philosophie des Lumières.
Mais la période est troublée : nous sommes en pleine Révolution française. En 1792 la Convention coupe les vivres à l’Académie de France. C’est l’époque où la place Bellecour (de l’Egalité) est saccagée et la statue de Louis XIV détruite. L’année 1793, tension et violence s’accroissent, les pays voisins sont mobilisés contre la France. Les pensionnaires du palais Mancini sont expulsés ; c’est le diplomate nantais François Cacault, le frère du peintre, qui organise leur rapatriement en France.
A Paris désormais, François-Frédéric Lemot entame une carrière brillante de sculpteur officiel de tous les régimes successifs. Sous la République, il travaille avec le peintre David, orne les salles des nouvelles assemblées ; sous l’Empire, il sculpte des bustes de généraux et décore les grands monuments napoléoniens ; sous la Restauration, il réalise ses chefs-d’œuvre : deux statues équestres, celle d'Henri IV pour le terre-plein du Pont-Neuf à Paris (1818) et celle de Louis XIV pour la place Bellecour (Louis-le-Grand) à Lyon (1825), qui prend alors son aspect actuel.
Et l’Arcadie ?
Il fallait un « déclic », un « coup de foudre » . Tout vient des frères Cacault.
Pierre, puis François, sont tombés sous le charme de la vallée de Clisson, dans la Sèvre nantaise.
Dès leur retour respectif d’Italie, ils se sont installés dans cette région en ruines depuis la Terreur, qui fut impitoyable dans une contrée marquée par la chouannerie. Ils ont créé une sorte de musée-école pour les artistes. Ce foyer culturel attire Lemot, justement.
Voilà la dernière étape du voyage : la Garenne-Clisson, ce domaine vallonné et désolé, dont Lemot se porte acquéreur en 1805, sensible à la splendeur « italianisante » du paysage. Là, avec un autre prix de Rome, l’architecte nantais Mathurin Crucy, le sculpteur recrée les lieux, s’inspire de leur beauté naturelle et de leur structure pour y transposer tout à la fois son Italie, son Antiquité, son Arcadie… Un immense parc voit le jour petit à petit, avec maisons, vraies et fausses ruines, « fabriques » et milliers d'arbres. Lemot s’y consacre parallèlement à sa vie parisienne de sculpteur, professeur de sculpture à l’Ecole des Beaux-arts, membre de divers Instituts. Ce cadre merveilleux qu’il façonne avec puis sans Crucy, c’est un lieu d’accueil pour les artistes et, à ce titre, il va connaître un rayonnement important.
François-Frédéric Lemot s’adonne à cette œuvre jusqu’à sa mort, à Clisson, en 1827.
En quoi ce domaine est-il une Arcadie ? A plusieurs titres me semble-t-il : Lemot traduit là sa passion pour l’antique, pour le paysage idéalisé tel que les jardins italiens de la Renaissance l’ont exprimé sous l’influence de Virgile, mais aussi pour le parc de type « rousseauiste », traduisant le bien-être dans la simplicité, la méditation inspirée par la nature. C’est un parc où abondent les « citations », les réminiscences de la culture antique, comme les jalons d'un itinéraire spirituel : la mythologie, Rome, Virgile, la Renaissance, Poussin, Rousseau (par exemple, un tombeau avec l’inscription fameuse : ET IN ARCADIA EGO). Même si à son époque et depuis quelques années déjà l’art du jardin « arcadien » était codifié au point d’être devenu conventionnel, il est permis de voir dans le parc « à fabriques » de la Garenne-Clisson une création originale, inspirée par l’Arcadie idéale.
Je vous le laisse découvrir :
· Lemot, Crucy et la Garenne-Clisson
· Le parc à fabriques de La Garenne-Clisson et le monde des parcs à fabriques
en espérant lire vos impressions de voyage.
A bientôt pour une prochaine escapade !
Dominique
By Dominique Lardet on Monday, October 6, 2003 - 10:34 pm:
O François-Frédéric Lemot gennhthhke sth Lyon to 1771. Neos, spoudase glyptikh sth Lyon, kai meta sto Parisi (1785-1790) kai sth Romh (1790-1792). Ma to 1792, oi kallitexnes ths gallikhs sxolhs kalon texnon ekdioxthhkan apo th Romh (htan h epoxh ths gallikhs Epanastash). O Lemot ephyge sto Parisi, opou kai egine epishmos glypths olon ton kyvernhson kai ton diaphoretikon politeymaton ayths ths epoxhs (Dhmokratia, Autokratoria toy Napoleonta, Apokatastash ton Vasiliadon), pragmatopoiontas protomes kai diaphora glypta gia ta symvolika mnhmeia tou kratous. O Lemot htan tote polyphymos kai plousios kallitexnhs.
Ma… h Arkadia ?
S’avth thn epoxh, h Arkadia htan poly shmantikh gia ton politismikh diapaidagoghsh ton kallitexnon. Phoithths, o Lemot eixe hdh mathei th megalh shmasia ths empnevshs pou phgazei apo thn Arxaiothta. Eixe thaymasei ta topia kai ta arxaia ereipia ths Romhs kai ths geitonias ths. H Arkadia, loipon, htan mesa sthn kardia tou kai, eno htan periphhmos glypths kai kathhghths sto sxoleio ths Kallitexnias tou Parisiou, an kai doylespe poly, oneireythhke thn hsyxia sth physh, thn epaphh me apla pragmata.
Dyo philoi tou, enas zographos kai o aderphos toy, poy emenan sthn polh Nantes (notio-dytika ap’to Parisi), eroteythkane mia perioxh konta sto potami Sèvres. H mikrh polh tou Clisson htan erhmomenh kai ereipomenh meta thn Epanastash, ma h physh gyro ths htan panemorphh !
To 1805 o Lemot eroteythke k’aytos ayth th geitonia. Agorase sto Clisson ena megalo kthma konta sto potami, kai ekei pragmatopoihse to arkadiko tou oneiro ths hsyxhs zohs s’ena exeraitiko perivallon. O topos htan oloklhros dikos tou. Eixe ereipia, agria koraphia sta plagia ton lophon. O Lemot, me ton arxitektona Crucy, ta dhmiourghse ola, organontas to xoro, phyteyontas xilia dentra, ktizontas spitia « italikhs modas », diaphora mnhmeia, pseydh ereipia. O khpos emoiaze me « tous Boskous ths Arkadias » tou Poussin. Ektisan kai enan tapho me thn epigraphh : « Et in Arcadia ego ».
O Lemot doylepse st’ayto to parko mexri to thanato tou, to 1827.
O khpos ths La Garenne-Lemot deixnei poso dynato htan to politistiko pneyma ths ideodous Arkadias. O Lemot, stin arxh tou 19ou aiona, htan empneysmenos apo th mythologia, apo to Virgilio, apo ton Poussin, kai apo to Rousseau.
Episkephteite ki eseis ayton ton khpo !
site 1
site 2
Dominique
By Dominique Lardet on Tuesday, October 7, 2003 - 11:24 pm:
Merci d'avoir mis à notre disposition si aimablement votre magnifique site perso consacré à l'une de vos passions : les parcs à fabriques.
Pourriez-vous d'abord nous éclairer sur la particularité de ces jardins et définir pour nous la notion de "fabrique" ?
Quand ces parcs sont-ils apparus ? Quel rapport ont-ils avec leurs prédécesseurs ? et avec l'Arcadie ?
Nous serons très heureux de lire votre réponse.
Bien cordialement
D.L.
By Dominique Lardet on Tuesday, October 7, 2003 - 11:06 pm:
Nous avons decouvert l'un des plus recents parcs a "fabriques", celui de La Garenne-Lemot a Clisson.
Le specialiste francais de ces parcs, Dominique Cesari, auteur du site parcs a fabriques accepte de repondre a nos questions.
Cliquez sur le lien en haut de cette page : jardins Arcadiens pour rejoindre la conversation !
A bientot
Dominique
(les caracteres accentues ne passent pas avec le grec apparemment).
Áãáðçôïé öéëïé,
ÅðéóêÝøáìå ôïí êÞðï ôïõ ãëýðôç Lemot óôç La Garenne-Clisson (Sevres). Ï ê. Dominique Cesari èá óõæçôÞóåé ìáæß ìáò ãéá ôïõò Áñêáäéêïýò êÞðïõò, ðïõ Þôáí "óôç ìüäá" óå 18ï áéþíá, êáé ëßãï áñãüôåñá.
Ï Dominique Cesari îÝñåé ðüëëá ðÜñêá óôçí Åõñþðç êáé Ýêáíå ôï site : parcs a fabriques. Áýôïò ìçëÜåé êáé áããëéêÜ.
Ãéá ôç óõæÞôçóç, êÜíåôå "êëéê" ðÜíù óïõò "Arkadikous khpous".
Ãåßá óáò !
Dominique
By Dominique Lardet on Monday, November 3, 2003 - 09:15 pm:
"Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux spectres ont évoqué le passé..."
By Dominique Lardet on Monday, November 3, 2003 - 09:43 pm:
Dans le vieux parc solitaire et glacé,
Deux formes ont tout à l'heure passé.
Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles,
Et l'on entend à peine leurs paroles.
Dans le vieux parc solitaire et glacé,
Deux spectres ont évoqué le passé.
-Te souvient-il de notre extase ancienne ?
-Pourquoi voulez-vous donc qu'il m'en souvienne ?
- Ton coeur bat-il toujours à mon seul nom ?
Toujours vois-tu mon âme en rêve ? - Non.
- Ah ! les beaux jours de bonheur indicible
Où nous joignions nos bouches ! - C'est possible.
- Qu'il était bleu, le ciel, et grand, l'espoir !
- L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.
Tels ils marchaient dans les avoines folles,
Et la nuit seule entendit leurs paroles.
Paul Verlaine, Fêtes Galantes, 1869
By Dominique Lardet on Monday, November 3, 2003 - 09:10 pm:
Je suis désolée de vous annoncer que M. Césari, absorbé à d'autres tâches, ne viendra pas sur ce forum désert. N'attendez donc pas de réponse de sa part sur les rapports entre ces parcs et l'Arcadie !
Arcadiquement vôtre
Dominique
By Dominique Césari on Monday, November 3, 2003 - 09:56 pm:
Les fabriques sont de petites constructions décoratives (temples, obélisques, pavillons chinois etc..) autour desquels les parcs en question (1765-1790) sont conçus. Les concepteurs y attachaient une revendication philosophique, parfois un peu mièvre, mais aussi tout à fait sérieuse dans les parcs les plus solides. Voir mon site pointé ci-dessus.
Plusiurs parcs ont une référence à l'Arcadie, en partiulier Ermenonville, qui a une "prairie arcadienne", d'autant plus importante dans ce parc que l'influence de Rousseau y est très grande. On peut même voir dans la prairie le arcadienne, qui est l'aboutissement du parcours, un but ultime, au delà du temple de la Philosophie moderne. Le retour à l'état originel est un état qui surpasse l'état du philosophe pensant.
Aujourd'hui la parrie est bien défraîchie, car ses fabriques étaient en bois et n'ont pas duré t(cabane de Philémon et Beaucis, chêne de Palémon, temple rustique). D'ailleurs, même au 18ème, la similitude avec l'Arcadie était plus dans la référence invoquée que dans le cadre concret mis en place.
De plus, l'envoi à William Shenstone gravé sur une pierre près de l'obélisque d'Ermenonville comprenait une référence à l'Arcadie.
La réfréence à l'Arcadie de la Garenne-Lemot "et in Arcadia ego" est une suite d'Ermenonville (il y en a d'autres dans ce parc. Je ne l'ai mise en exergue dans am page que comme un clin d'oeil, il ne faut pas en éxagérer l'importance à la Garenen-Lemot, à l'inverse d'Ermenonville, où elle est très importante. Et Ermenonville a en soi beaucoup plus de sens que la Garenne.
Dans ces différents cas, l'Arcadie était principalement rêvée au travers des auteurs latins.
Il y a un sens profond à la référence à l'Acadie dans ces parcs : elle supplante le paradis, parallèle avec la morale issue de la philosophie qui va supplanter la religion.
Au 17ème siècle, l'Arcadie est très souvent représentée dans les tableaux, alors que ce siècle est encore profondément religieux en France. Mais, comme les allégories des dieux antiques, c'est une convention autorisée dans la peinture et les arts. A cette fin du 18ème, elle prend la nouvelle dimension d'horizon moral.
Je n'ai pas de textes à citer à ce sujet. S'il était développé dans le forum, je serais très intéressé (ce thème a du être approfondi par bien des chercheurs)